Mardi 6 novembre 2007
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"Nous sommes tous piquistes"
La conférence fut ouverte par un discours de M. Schlesinger qui avait des allures historiques : Il déclara ainsi que «Nous sommes tous piquistes maintenant. Conceptuellement, la bataille est
terminée, les piquistes ont gagné. Vous pouvez crier victoire. Vous avez mis tout le monde d’accord.» Ainsi, dans les cercles bien informées, il semble que le pic pétrolier soit devenu une
évidence. Mais après cette victoire conceptuelle, les piquistes font face à une réalité politique difficile où, «le premier but d’un politicien est de se faire élire et le second but est de
se faire réélire et les cassandres n’étant pas très populaires », les politiques préfèrent encore promettre des âneries comme l’indépendance énergétique des USA, totalement impossible tant
que le moteur à explosion ne sera pas remplacé…Que faire selon M. Schlesinger? Il n’a pas de recette miracle et souligne que les politiques doivent engager la population dans le processus de
transition énergétique et inciter au développement rapide de nouvelles technologies, notamment pour sortir de notre dépendance quasi totale au moteur à combustion interne mais changer toute la
flotte automobile prend beaucoup de temps, au bas mot 20 ans, et l’inertie de notre société est considérable. Le thème de la conférence, « Time to React », était ainsi bien introduite. Côté
changement climatique, selon lui, il ne reste plus qu’à prier, parce que les chinois construisent deux centrales à charbon par semaine et ils n’ont pas vraiment l’intention de s’arrêter…
M. Schlesinger
Ancien secrétaire d’Etat à L’Energie 1977-1979
Président de Mitre Corporation
Citations de James Schlesinger
« Nous sommes tous piquistes maintenant. Conceptuellement, la bataille est terminée, les piquistes ont gagné. Vous pouvez crier victoire. Vous avez mis tout le monde
d’accord. »
« Pour satisfaire les estimations de production de l’AIE à l’horizon 2030, il faudrait trouver 4 à 5 nouvelles Arabie Saoudite. »
S’agissant de la réponse de l’industrie pétrolière aux mesures de conservation de l’énergie qu’il avait proposée en 1979, il la résume par cette formule :
« Conservation is not the american way ! Production is the american way ! »
Concernant la situation aujourd’hui, on pourrait rajouter : ‘Consumption to death is the american way!’
La production mondiale de pétrole
Vue par l’industrie
Ray Leonard, vice président de Koweit Energy Corporation, a présenté certaines conclusions d’une conférence « secrète » des
grands pétroliers, la conférence de Hedberg, qui s’est déroulée en novembre dernier, sans médias et sans la société civile, où ils ont pu échanger leur points de vue librement sur le pic
pétrolier. Ils estiment les découvertes futures trois fois moins importantes, 250 milliards de barils, que les estimations officielles américaines de l'USGS qui elles se montent à 700
milliards de barils. Ensuite, les estimations de production de pétrole non conventionnel extra lourd, qui nourrissent beaucoup d’espoirs, sont fortement revues à la baisse, puisque ils ne
prévoient que 2,5 mb/j par jour an Canada et 0,8 mb/j au Venezuela d’ici 2015, environ le double d’aujourd’hui.
M. Rodgers, de PFC Energy, a montré que la production mondiale en dehors de l’OPEP et de l’ex-URSS et sans le pétrole non-conventionnel avait déjà atteint son pic de production autour de
l’année 2000 à 30 mb/j. Il a estimé que la production pétrolière de l’ex-URSS atteindrait environ son pic à 15 mb/j vers 2015, ce qui provoquerait un pic de production en dehors de l’OPEP
autour de 2010. Malgré l’incertitude des informations, M.Rodgers prédit que le déclin la production de l’OPEP devrait commencer dans le courant de la prochaine décennie. Les compagnies
pétrolières semblent donc être parvenues à un consensus sur le pic pétrolier mondial autour de 2015, suivi d’un plateau de quelques années, entre 95 et 100 mb/j avec 40mb/j pour les 10
pays de l’OPEP soumis aux quotas et 60 mb/j pour le reste du monde.
Pierre-René Bauquis, de L’Institut Français du Pétrole, confirmera les prévisions précédentes comme étant aussi devenues le consensus entre Total, l’IFP et ASPO France. Cependant, Jean
Laherrère, fondateur de l’ASPO France, dont l’entretien est retranscrit par ailleurs, ne semble de cet avis…
Pour les analystes de l’ASPO et d’autres intervenants, le pic de production mondiale se produira plus tôt entre 2010 et 2012 à cause des problèmes d’augmentation des coûts de production, qui
ont doublé ces quatre dernières années, du manque de plate-forme pétrolières, du manque de main d’œuvre mais aussi à cause des taux de déclin, très importants sur certains gisements, pouvant
atteindre 18% par an. Certains ont évoqué le plateau actuel de la production mondiale depuis 2005 sans toutefois se risquer à dire que le pic était peut-être…derrière nous.
Même l’Agence Internationale de l’Energie commence à avouer qu’on a un sérieux problème devant nous dès le début de la prochaine décennie :
« En dépit de prix déjà très élevés ces quatre dernières années, ce rapport montre un marché pétrolier de plus en plus tendu d’ici 2010, avec une capacité supplémentaire de l’OPEP qui
déclinera jusqu’à des niveaux minimums d’ici 2012. Il est possible que l’écrasement de l’offre (« Supply Crunch » en anglais) puisse être différée mais pas de beaucoup… Effectivement, tout
relâchement de la tension qui est prévue pourrait même être moindre que l’analyse de ce rapport le suggère. »
International Energy Agency (IEA)
Medium Term Oil Market Report
Juillet 2007
Jeff Rubin, économiste en chef des marché internationaux de la banque CIBC, a montré que les pays exportateurs de pétrole se mettaient à consommer de plus en plus de pétrole de
manière inquiétante. Par exemple, la consommation de pétrole du Koweit a augmenté de 7% par an pour entre 2001 et 2006. Il estime que les exportations des principaux exportateurs, c’est à
dire l’OPEP, la Russie et le Mexique, vont décliner sur la période 2007 à 2012 de plus de 3 millions de baril par jour. Il conclut que les prix devraient atteindre 100$ le baril fin 2008.
Jeff Rubin est canadien et capitaliste. Il croit fermement aux sables bitumineux du Canada et pense que ceux ci représenteront les principales sources d’investissements dans les années qui
viennent. Il oublie que ceux-ci sont en train de provoquer un véritable « Armageddon » environnemental sur l’Etat d’Alberta et que des problèmes graves sur l’eau et le gaz naturel,
nécessaires à la production de pétrole synthétique avec les sables bitumineux vont se poser très bientôt…
« Les prix à trois chiffres, autour de 100$ le baril vers la fin de l’année prochaine, vont provoquer une baisse de la demande en pétrole et plus les prix monteront, plus tôt nous
arriverons à nous sevrer des hydrocarbures, ce vers quoi nous devons tendre."
Jeff Rubin
Économiste en chef des marchés internationaux de la banque CIBC
La Chine et le charbon
Xiongqi Pang, vice-président de l’Université du pétrole à Pékin, a annoncé que la Chine, premier producteur de charbon au monde, était devenu
importateur de charbon cette année. Cela a entraîné l’abandon des projets de liquéfaction du charbon (CTL) qui étaient déjà en construction. Le marché du charbon va donc sûrement devenir
aussi très tendu que les autres énergies fossiles. Le charbon représente la plus grande menace sur la question du changement climatique. Malheureusement, les chinois construisent deux
centrales thermiques au charbon par semaine…
La Chine est revenue constamment dans les débats et les présentations tout au long de la conférence. Le problème est connu de tous : sa croissance
fulgurante et l’utilisation massive du charbon pour produire de l’électricité provoquant une pollution effrayante. Ainsi, la Chine est maintenant le premier émetteur de CO2 devant les USA.
Mais la consommation par tête d’habitant est beaucoup plus faible en Chine qu’en Occident. Aussi, la Chine poserait sûrement moins de problème si l’Occident consommait moins, et qui plus est,
moins de produits chinois à bas prix.
« Depuis plusieurs décennies, la production de charbon a augmenté en Chine et augmente encore mais maintenant, nous sommes aussi à court de
charbon. Cette année, la Chine est devenue importatrice de charbon. Notre production de charbon n’augmente pas assez vite par rapport à la croissance de notre économie.
»
Professeur Xiongqi Pang
Vice-président de l’Université chinoise du Pétrole à Pékin
« Cap and Share » ou « TEQs »
Richard Douthwaite, fondateur de « The Foundation for the Economics of Sustainability » (FEASTA), et David Fleming, fondateur de « The Lean Economy » , rappelleront justement
que, si la consommation moyenne de pétrole par tête d’habitant a atteint un pic en 1979, l’écart entre les riches et les pauvres a surtout triplé entre 1979 et 2005. Richard Douthwaite note
que, dans certains pays, un litre d’essence coûte 3 semaines de travail. Je rajouterais que la consommation totale de pétrole du continent africain est égale à celle de l’Allemagne en 2006.
Tous deux ont proposé des solutions économiques pour gérer la pénurie à venir et rééquilibrer les échanges sous peine de tensions internationales ingérables à terme.
Richard Douthwaite a proposé le système « Cap and Share », concept né en 2006 à Dublin. Ce concept est sérieusement pris en considération par le gouvernement irlandais pour
l’appliquer aux transports. Le système de répartition «Cap and Share» permet de réduire les émissions graduellement et de redistribuer la richesse. De plus, il peut être appliqué
graduellement géographiquement et économiquement. Il est donc d’une grande souplesse. Le « Cap » correspond à la quantité totale de Co2 que l’on décide d’émettre. Le « Cap » sera réduit
année après année par exemple de 3%. Le « Share » correspond à la répartition du « Cap » entre les Etats puis chaque gouvernement devra répartir des allocations d’émissions à ses citoyens
de manière égale. Les citoyens peuvent alors vendre leur allocations au prix du marché qui ne cessera d’augmenter par la réduction progressive du « Cap » à la banque ou à la poste. Ce
seront les compagnies productrices d’énergie fossile qui rachèteront ces bons d’allocations pour extraire et raffiner le pétrole, le gaz naturel et le charbon. Les populations des pays
pauvres pourront aussi vendre leur allocations d’émissions et donc leur niveau de vie devrait être sensiblement améliorés par ce système. Ce système est assez intelligent mais le rôle du
citoyen est finalement assez réduit. Le « Cap and Share » a le mérite d’être vertueux car toute personne qui vendra son allocation et émettra très peu de CO2 verra son niveau de vie
monter au fur et à mesure de la réduction du « cap ».
David Fleming, chercheur sur les questions environnementales, a proposé quant à lui le système des « Tradable Energy Quotas » (TEQs). Le système s’applique au niveau
national. Les TEQs sont alloués à chaque citoyen adulte chaque semaine. Leurs quantités totales sont réévaluées chaque année et baisse progressivement au cours des ans. Chaque citoyen
peut vendre ses TEQs si il en utilise moins que son allocation et vice-versa. Ensuite, chaque fois qu’un citoyen achète de l’essence ou autre, il lui sera retiré des unités de TEQs.
Le gouvernement se doit de gérer socialement la réduction progressive des TEQs en circulation. Les TEQs paraissent plus compliqué à mettre en place à cause de leur gestion plus
lourde. C’est une version élaborée des bons vieux ticket de rationnements. Le TEQs est plus responsabilisant que le « Cap and Share » mais peut-être moins redistributeur de
richesse.
Ces deux systèmes ont des avantages et des inconvénients. Je vous laisse découvrir ces deux systèmes sur internet et vous faire votre propre opinion.
http://www.theleaneconomyconnection.net/index.html
http://www.capandshare.org/
Quelles solutions technologiques ?
Véhicule léger (450 kg) développé par la société Loremo disponible à partir 2009 consommant 2litres aux 100km (prix : 15000€)
On retrouvait souvent les mêmes propositions d’alternatives technologiques pendant la conférence. Ce fût Lord Oxburgh, ancien président de Shell UK, qui détailla le
mieux ces alternatives. Le problème le plus épineux pour remplacer le pétrole est sûrement à terme du moteur à combustion interne, équipant plus d’un milliard de véhicules sur le
globe, qui nécessite le fameux carburant liquide. Aussi, il a été évoqué les carburants liquides alternatifs, tels que le CTL (Coal To Liquid) , le GTL (Gas To Liquid) et le BTL
(Biomass to Liquid). Le CTL et le GTL offrent des perspectives limités, que ce soit pour leur très mauvaise efficacité énergétique, ou pour la menace qu’ils font peser sur le
climat. Il existe actuellement un projet de GTL au Qatar qui ne fonctionne toujours pas et une seule raffinerie CTL en Afrique du Sud. Par contre, Le BTL soulève plus
d’engouements. Il a été dit à maintes reprises durant la conférence que les agrocarburants de première génération ne sont plus vraiment fréquentable du fait de leur efficacité
énergétique quasi nulle et l’utilisation de produits alimentaires pour produire du carburant. Cependant, plusieurs intervenants ont évoqué la biomasse telle que les résidus
agricoles, certaines plantes non alimentaires telles que le Jatropha, les détritus organiques générés par l’homme et le carburant cellulosique.
Ensuite, l’électrification partielle et totale du parc automobile a été évoqué à plusieurs reprises. Mais, le problème se reporte sur la production d’électricité,
sans parler du problème des batteries. Les solutions évoqués ne sont pas nouvelles : le nucléaire, le charbon propre et les énergies renouvelables. L’hydrogène a vaguement été
évoqué mais plutôt pour la pétrochimie que pour le transport.
Le charbon propre nécessite de capturer et d’entreposer le CO2 sous terre. Cela prend beaucoup d’énergie, de capital et du temps, pour construire l’infrastructure
qui rassemblerait grandement à un réseau de pipeline.
Parmi les énergies renouvelables, ce fut l’éolien qui remporta l’adhésion. Cette énergie est la plus efficiente des énergies renouvelables. Un fabricant d’éoliennes
nous a fait part de ses projets gigantesques d’installation d’éoliennes en Irlande et en Grande-Bretagne, région très venté. Mais il est à court de matière première et a bouclé
ses commandes d’ici 2010.
Tout le monde fût d’accord pour dire que la mise en place à grande échelle de ces solutions prendrait au minimum 15 à 20 ans, c’est à dire à l’horizon 2025-2030.
Aussi, on trouve un réel problème d’agenda, même quand on se place dans un cadre de réflexion qui est celui de l’industrie, c’est à dire une prévision optimiste du pic pétrolier
en 2020 et des investissements considérables pour une transition énergétique principalement basée sur la technologie. C’est ce qu’un haut conseiller du président d‘EDF, présent à
la conférence, m’a expliqué : nous arrivons à un pic toutes énergies qui nous obligera, quoi qu’il en soit, à la sobriété. Si même EDF, qui a toujours tenté de faire croire que le
nucléaire apporterait la solution à nos problèmes, rejoint maintenant les thèses de "La Décroissance" c'est que vraiment le moment de vérité est proche!
Conclusion, il n’y a pas de solution miracle et mais plutôt un ensemble de solutions qui sont pour certaines très aléatoires pour l’instant, comme le carburant
cellulosique. On ne peut nier que des solutions techniques seront nécessaires mais elles ne sont qu’une partie de la solution et l’autre part à plus à voir avec la psychologie,
l’organisation sociale et la politique.
« Il se peut que nous ne réalisions pas que nous nous trouvions actuellement face à un problème qui va devenir très grave et lorsque nous en prendrons
conscience, il sera trop tard pour faire quoi que ce soit. »
Lord Ron Oxburgh
Ancien Président de Shell en Grande-Bretagne
"Les défis sont si grands que des mesures temporaires d’urgence sont nécessaires pour empêcher le bateau de coule. »
Lord Ron Oxburgh
Ancien Président de Shell en Grande-Bretagne
« Le message en résumé est que nous sommes juste au moment où nous allons entrer dans l’eau chaude, une eau très chaude. Et le danger est que nous restions
assis béatement comme la grenouille dans la casserole qui chauffe lentement sur le feu jusqu’à ce que celle-ci se retrouve morte. »
Lord Ron Oxburgh
Ancien Président de Shell en Grande-Bretagne
« Je pense que les compagnies ont intégré que le pétrole était plus difficile à trouver, et que les coûts allaient augmenter pour le sortir de terre. Mais
beaucoup de gens préfèrent simplement ne pas regarder la réalité et disent : notre travail est de trouver du pétrole et nous le faisons de mieux en mieux et nous en laisserons de
moins en moins dans le sous-sol. Et beaucoup de gens baissent la tête, si bas qu’ils ont presque la tête dans le sable. »
Lord Ron Oxburgh
Ancien Président de Shell en Grande-Bretagne
« Un cadre de réflexion sur l’offre et la demande
pour une planète remplie »
de Nathan John Hagens
La présentation de Nate Hagens, entre autre rédacteur du site oildrum.com, rencontra un vif succès pendant la conférence. Côté production, il expliqua que la qualité de l’énergie
délivrée par différentes sources ne sont pas interchangeables surtout à cause de leurs diverses densités énergétiques. Ensuite, il fallait prendre en compte l’énergie net, celle qui
est réellement disponible pour la société en dehors de l’industrie énergétique puis il évoqua aussi les limitations de production d’énergie que nous allons rencontrer de plus en plus
souvent à cause des limitations d’autres ressources (eau, sols, gaz à effet de serre, etc…). Ces limitations vont sensiblement aggraver l’effet du pic pétrolier sur la société.
Côté consommation, il introduisit une nouvelle discipline dans les conférences de l’ASPO, les sciences cognitives, et sortait enfin du débat technique. Il commença par présenter le
destin tragique de l’immense élan irlandais qui possédait des bois immenses de 3 mètres 50 de large pour plaire aux femelles. L’espèce s’est finalement éteinte par manque de phosphore
à cause des bois qui étaient trop grands. De la même manière, la folie consumériste de l'Homme « moderne » est aujourd’hui liée à son attractivité sexuelle et cela pourrait bien nous
mener au même sort que l’Elan irlandais.
Nous avons évolué de telle manière que nous privilégions les satisfactions à court terme au dépend de notre futur. Nous sommes le résultat d’une évolution de millions d’années et d’un
nombre considérable de générations d’être vivants. Notre cerveau est constitué de plusieurs couches, dont trois principales, correspondant à différentes phases de notre évolution, la
dernière étant le néocortex.
« Nos comportements, certains innés, d’autres appris, sont intrinsèquement liés à la reproduction de fonctionnements chimiques cérébraux qui ont, par le passé, permis à l’Homme de
réussir dans ses activités. »
Nathan John Hagens
Université du Vermont
Gund Institute
Aussi, l’être humain est biologiquement le même aujourd’hui qu’il y a 10 000 ans. et nous sommes programmés pour répondre à des stimulus d’une certaine manière dans un contexte
historique quasi permanent de pénurie.
« Le problème est que la société du pétrole a introduit quantités de produits et d’activités nouvelles qui ont littéralement pris d’assault (« hijacked ») les programmes de notre
cerveau échafaudés au cours de notre évolution. »
Nathan John Hagens
Université du Vermont
Gund Institute
C’est là qu’il introduisit le concept de taux d’actualisation (discount rate), normalement utilisé en finance pour mesurer la valeur que l’Homme accorde au futur par rapport au
présent. Plus le taux d’actualisation sera grand, plus on privilégiera le présent au dépend du futur. De manière générale, nous sommes conditionnés par nos ancêtres et notre culture à
fortement privilégier le présent au dépend du futur. Les personnes dépendantes à la drogue, au sexe ou à la consommation impulsive ont une tendance encore plus grande à privilégier le
présent. Cependant, les femmes sont plus prévoyantes que les hommes. Il serait donc souhaitable que des femmes saines, vierges de tout vice, prennent en main la destinée de
l’Humanité, pas celles qui vous voyez sur la photo ci dessous…
Il décrit aussi notre incapacité à nous satisfaire de ce que nous avons et à vouloir toujours plus. Et explique que le niveau d’insatisfaction, écart entre ce que nous avons et que
nous aimerions avoir, est relatif à la manière dont on se perçoit par rapport à nos congénères. Nous voulons toujours avoir plus que ceux qui nous entourent, même si nous sommes très
riches..
Sur l’approche des USA concernant l’énergie, il cite James Schlesinger :
« Nous avons seulement deux comportements : la complaisance et la panique. »
M. Schlesinger
Ancien Secrétaire d’Etat à L’Energie 1977-1979
Quand tout va bien, l’Homme se laisse glisser dans la complaisance par la libération de la dopamine dans son cerveau, mais si sa situation se dégrade brutalement, c’est le cerveau
limbique qui prend le relais pour gérer la panique et celui ci se caractérise par un taux d’actualisation très élevé, qui privilégie très fortement le présent pour parer à la survie
de l’individu, oblitérant toute capacité de raisonnement et de prévoyance au delà du présent immédiat.
« Plus la partie de notre cerveau est ancienne, plus elle possède le potentiel de dominer notre comportement.»
Nathan John Hagens
Université du Vermont
Gund Institute
Pour faire face au pic pétrolier, nous ne pouvons changer notre biochimie et nos conditionnements mais nous pouvons réorienter notre système de valeurs culturelles vers des valeurs
sociales et humaines, voir spirituelles plutôt que matérielles.
«Nous ne pouvons changer notre penchant à vouloir toujours plus, mais nous POUVONS changer la définition du plus. »
Nathan John Hagens
Université du Vermont
Gund Institute
Il faut de plus que la conscience de la réalité du pic pétrolier atteignent les esprits avant que celui-ci ne commence à produire ses effets pour éviter que le cerveau limbique ou
même reptilien prenne la direction des opérations à la place du néocortex…
Nate Hagens a montré que le pic pétrolier nous pose un défi historique : il faudrait que l’Homme fasse un sorte de saut quantique dans son évolution, du type de Siddarta Gautama, le «
Bouddha pur et parfait », sinon il est destiné à disparaître par le jeu de la sélection naturelle. Il ne sera tout simplement plus adapté à son nouvel environnement.
Les politiques face au pic pétrolier
4 scénarios énergétiques présenté par Rob Hopkins
du mouvement « Transition Town »
Dans la dernière après-midi de la conférence, les politiques semblaient particulièrement engagés dans
leur discours. ils soulignèrent l’inertie considérable de notre société, la centralisation du pouvoir qui menace l’exercice démocratique dans les pays occidentaux et le rôle
crucial des élus locaux notamment municipaux..
Debbie Cook, ancien maire de la ville d’Huntington en Californie, appela à sortir de la croissance
économique actuelle et défendit avec ferveur le pouvoir d’action des élus locaux qui, aux Etats-Unis, représentent 90% des programmes écologiques. Le bilan qu’elle a fait sur sa
ville est assez impressionnant. Ainsi, la ville d’Huntington, 200000 habitants, utilise presque 2 millions de litres d’essence pour transporter les ordures et traite 4500 tonnes
de déchets par semaine dont 60% est recyclé et dont une partie est envoyée en Chine pour y être brûlé et produire de l’énergie! Elle nous aussi appris que 10% de l’électricité en
Californie était utilisé pour déplacer de l’eau!
Ils discutèrent ensuite de la difficulté de faire prendre conscience à la population que ce gâchis ne
pouvait plus durer , que la plupart se moquait éperdument du pic pétrolier. Selon Debbie Cook, l’opinion public précède la volonté politique mais ce sont les médias qui oriente
l’opinion public. Elle a noté que le Los Angeles Times n’avait pas cité une seule fois le terme « peak oil » depuis un an.
Eamon Ryan, du parti des Verts, nouveau ministre des télécommunications, de l’énergie et des ressources
naturelles, clôtura la conférence en appelant de ses voeux à la « décarbonisation » de l’Irlande d’ici 2050 sous peine de désastre. Il nota que chaque irlandais brûlait en moyenne
10 pintes de pétrole par jour et que malgré la hausse des prix, la demande en pétrole croissait de 8% par an.
Selon Michael Meacher, député britannique, le temps de l’abattement et de la réflexion touchait à sa fin
et il ne fallait plus perdre de temps pour engager des mesures urgentes mais comme il le dit dans la citation ci-dessous, il faut d’abord régler leur compte au Premier Ministre et
à ses affidés :
« Une autre chose très importante que je voudrais évoquer concerne des droits acquis. Je veux dire :
qui veut conserver le monde tel qu’il est ? L’industrie pétrolière, l’industrie chimique, l’industrie agro-alimentaire, l’industrie automobile et l’industrie du transport aérien.
Ils sont très puissants. Qui dirige la Grande-Bretagne ? Pas le parlement. Je vais vous dire qui dirige la Grande-Bretagne. C’est le Premier ministre avec une petite cabale autour
de lui de conseillers non élus, en dehors des membres de son cabinet, rencontrant régulièrement des responsables économiques, des responsables financiers et je dois le dire
avec Mr Murdoch et d’autres responsables des médias et prenant des décisions au-dessus de nos têtes qui nous sont alors imposées. C’est la vraie situation devant laquelle nous
nous trouvons. C’est un recul très préoccupant de la démocratie et jusqu’à ce qu’on s’en occupe, et jusqu’à ce qu’on considère cela comme une question centrale pour résoudre tous
nos problèmes, incluant l’environnement et le changement climatique, nous n’avanceront pas très loin.»
Michael Meacher
Député du Labour au parlement britannique
« La seule solution, c’est décroître, c’est de réduire la consommation. Cela peut être mis en
place rapidement. Le Premier ministre peut décider du jour au lendemain de signer un décret réduisant la vitesse à 90 km/h sur autoroute, réduisant la consommation de carburant
de 10% en une seule journée. J’avais proposé à l’Assemblée une loi pour ponctionner les bénéfices de Total de 5 Milliards d’euros permettant de remplacer une partie des
chaudières au fioul des ménages mais Devedjian, alors ministre de l’Industrie avait levé les bras au ciel et répondu : »Pas possible ! ». Il faudrait 20 à 25 milliards d’euros
pour entreprendre des changements majeurs sur le chauffage et l’isolation des logements mais le problème, c’est la volonté politique. Pourtant, il faut réduire la consommation
sous peine de se retrouver sous un gouvernement autoritaire. »
Yves Cochet
Membre du parti des Verts
Ancien Ministre de l’Environnement
Député du XIème arrondissement de Paris
La fission et la fusion nucléaire sont-elles
des alternatives valables ?
L’énergie nucléaire fût sûrement le sujet le plus controversé de la conférence, à telle point que le
débat fût stoppé pour éviter la confrontation.
Le premier jour, Pierre-René Bauquis, maintenant professeur à l’école de l’Institut Français du Pétrole (IFP), et auparavant conseiller spécial du président de TotalFinaElf, qui
était annoncé pour faire une présentation sur la gaz naturel, a finalement parlé du remplacement du pétrole par le nucléaire. Selon lui, le nucléaire pourrait permettre
d’améliorer la production pétrolière et son raffinage par son apport de chaleur, de vapeur et d’électricité, notamment la production de pétrole extra-lourd au Canada. Il expliqua
qu’on pouvait imaginer la production d’hydrogène à partir de la fission nucléaire, hydrogène qui pourrait ensuite transformer en pétrole synthétique par électrolyse ou
thermochimie, procédé viable d’ici 2020. L’hydrogène pourrait aussi aider à augmenter les rendements agricoles, améliorer les procédés GTL et CTL et enfin permettre
l’électrification du parc automobile. Sa conclusion fût que le nucléaire permettrait d’alimenter 60% du parc automobile d’ici 2100 et que le XXIème siècle serait l’âge d’or de
l’industrie pétrolière et gazière mais surtout de l’énergie nucléaire.
Le jour suivant, Richard Dittmar, physicien du CERN maintenant appelé Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire, le plus grand centre de recherche des particules du
monde, fit une présentation sur les perspective de l’énergie nucléaire de fission et de fusion. Comme le commenta Jeremy Leggett, qui présidait la matinée, cette présentation «
fût une entreprise de démolition pour l’industrie nucléaire ».
Commençons par la fission nucléaire. Il y a actuellement 439 réacteurs nucléaires en activité dans le monde. Une centaine de ces réacteurs ont plus de 30 ans et vont être
décommissionnés dans les 10 à 15 ans qui viennent. Dans le même temps, 3 à 4 nouveaux réacteurs en moyenne seront mis en activité chaque année. Aussi, la production d’électricité
par le nucléaire devrait augmenter de 0,3% par an.
La fraction d’électricité produite par l’énergie nucléaire fut la plus importante en 1993, à 18%. Aujourd’hui, elle est de 15,2%., ce qui ne correspond qu’à 2,5% de l’énergie
finale utilisé dans le monde.
Ensuite, il expliqua que les réacteurs à neutrons rapides ou surgénérateurs, tels que Superphénix en France, ont soulevé beaucoup d’espoirs il y a 30 ans mais n’ont donné aucun
résultat et ont tous cessé de fonctionner sauf un en Russie. Les résultats des expérimentations sont peu connus. Le programme de la génération IV des réacteurs nucléaires, qui
devraient être aussi des surgénérateurs, a été lancé en 2002. Leur construction commercial étaient prévue pour 2030. Six prototypes devaient être construits dans les 10 à 15 ans.
En 2007, 5 ans après, aucun résultat d’expérimentation n’a été publié et très peu d’argent a été versé pour ces projets. Est-ce que la génération IV est viable ou est-ce bidon
?
Mais ce fût sur la production d’uranium que Dittmar surprit le plus l’assistance. Actuellement, les 439 réacteurs nucléaires produisent 371 GWh et nécessitent 67000 tonnes
d’uranium naturel par an. La production d’uranium issue des mines d’uranium totalisait 41700 tonnes en 2005 puis 39400 en 2006. Le reste de l’approvisionnement est assuré par les
stocks commerciaux et militaires ainsi que du recyclage. La mine de Cigar Lake au Canada devait être mise en activité en 2007 mais une grave inondation de la mine en octobre 2006
a repoussé son ouverture à 2011.
« cet incident est l’équivalent pour l’industrie nucléaire de ‘perdre le pétrole de l’Arabie Saoudite’ pendant quelques
années.»
Michael Dittmar
En se basant sur un document publié par la société de production d’uranium Nukem, il prédit qu’il va manquer 5000 tonnes d’uranium par an d’ici 2009-2010 et que 5 à 10% des
centrales nucléaires vont se trouver dépourvu d’uranium pour continuer à fonctionner.
Le prix de l’uranium a été multiplié par dix depuis deux ans comme le montre ce graphique :
Cette
annonce fit l’effet d’une bombe dans l’assistance et plus tard, M. Bauquis, furieux, demanda à pouvoir répondre à cette présentation point par point, ce qui lui fut refusé.
Concernant la fusion, le principal point est que le seul processus de fusion que l’on puisse entreprendre nécessite du deutérium (H2) et du tritium(H3). Le tritium n’existe pas sous
forme naturel et peut être obtenu dans les réacteurs de fission nucléaire. Un réacteur de fusion de 1GWh nécessiterait 200 kg de tritium par an. Or, on peut espérer produire à peine
30 kg de tritium dans le monde d’ici 2030 à partir des réacteurs nucléaires actuelles. De plus, la fusion nucléaire ne fonctionne actuellement pas.
« Il n’y a pas encore une seule expérience qui montre que le cycle de fusion à partir du deutérium et tritium est viable »
Dr Abdou , directeur du « Fusion Science and Technology Center » d’UCLA
Aussi, ITER n’est en gros qu’une vaste fumisterie et n’est qu’une dépense d’énergie et d’argent inutile qui aurait pu être utilisé pour la transition énergétique.. C’est l’arrogance
et la croyance religieuse dans la science et la technologie qui nous mèneront à notre perte, comme d’autres précédentes civilisations construisaient des palais de plus en plus
gigantesques, mobilisant des ressources considérables alors que la population commençait à mourir de faim…
Par makhnovitch
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