http://www.terredebrut.org/
frover-blog.com RDF 1.0 Generatoradmin@over-blog.com2005-12-21T00:06:56Z
http://www.terredebrut.org/article-16930128.html
fr2008-02-22T15:00:22Z
http://www.terredebrut.org/article-14104008.html
fr2007-11-26T20:53:42Z
http://www.terredebrut.org/article-14102499.html
Le matin du 12 novembre, un ami m’a appelé pour me dire que le plus gros gisement de pétrole mondial venait d’être découvert au large du Brésil.
Je lui ai donc expliqué à quoi devrait ressembler le plus gros gisement du monde, et combien cette information était improbable.
Effectivement, depuis la veille au soir, les médias glosaient
autour « du plus grand gisement découvert depuis 20 ans ». Une fois de plus, nos problèmes d’énergie étaient résolus, au revoir le pétrole à 90$, etc ..
Déjà vu ? N’est ce pas arrivé déjà l’année dernière avec le gisement Jack dans le golfe du
Mexique ?
Jack relevait du battage médiatique qui attribuait faussement à un seul gisement la capacité d’une couche géologique entière du Tertiaire. L’agitation a enflé puis décru, les prix du pétrole ont
baissé puis monté pour s’établir un an après à 20$ de plus qu’à leur niveau d’avant l’annonce de Jack. Jusqu’à maintenant, on ne sait pas si la production de ce gisement va démarrer.
La semaine dernière, on a eu Tupi, un gisement découvert par Petrobras, dans le Campos Basin au large du Brésil. Avec des réserves estimées de 5 à 8 Gb de pétrole de densité intermédiaire (28°
API) et de gaz, il a relevé les réserves du pays de 50%. Une découverte remarquable (pour les standards actuels) annoncée à nouveau dans une période de prix élevés.
Il a fallu plusieurs jours pour que l’agitation retombe, et qu’émerge une image claire des articles nombreux et quelquefois contradictoires qui
circulaient dans la presse. Il y a là quelque chose de révélateur du manque de préparation de certains journalistes à se colleter avec ce genre d’information.
Des faits
Premièrement, est-ce que les 5 à 8 Gb font référence au stock de pétrole en place, ou aux réserves récupérables ? Les premiers articles donnaient une capacité de production du champ de 100 Kb/j,
ce nombre indique que les 8 Gb étaient plutôt une estimation du pétrole en place. Plus tard dans la semaine, la production ultime était donnée à 4 Mb/j, puis redescendue à 400 Kb/j, ce qui
confirmait que les chiffres donnés concernaient en fait les réserves récupérables.
Il est établi que des officiels de Petronas ont utilisé ces termes.
Est-ce que Tupi est un champ unique ? L’information disponible à ce jour et les citations des géologistes de Pétrobras vont dans ce sens. Tupi est soit un champs unique, soit un ensemble de
champs très rapprochés dans une zone de 800 kms de long sur 200 kms de large dans une zone sel puis roches sous 2 à 3000 mètres d’eau.
Quel est le ratio pétrole/gaz ? C’est une question importante ; étant donné la profondeur du champs, les températures pourraient être assez hautes pour former du gaz, et la plupart des
articles des média parlent de « réserves de pétrole et de gaz ». il est probable qu’à ce stade, l’opérateur lui-même ne connait pas exactement ce ratio, d’où le grand intervalle donné pour
les réserves.
Pour ce qui concerne la planification de l’exploitation, les médias citent différentes dates pour les premières extractions, mais rien avant 2011. Il y a un délai d’au minimum deux ans pour
acquérir les matériel de plateforme dans un marché équipementier tendu, et au moins encore deux ans pour obtenir une exploitation commerciale. Un calendrier possible serait :
Premier forage : 2009
Première production à 100 Kb/j 2011-2013
Plateau de production à 400 Kb/j 2015
A un moment, certains articles évoquaient une production cible de 4 Mb/j, confondant probablement les objectifs de production de la compagnie dans son entier avec ceux du seul gisement
Tupi. Des articles plus récents donnent 4.5 Mb/j comme objectif de production de la compagnie, et de 400 Kb/j pour Tupi en 2015. Khebab a fait les calculs suivants suivant la technique
"pickering":
Région
Paramètres Production max (Kb/j)
World (Small Fringe) 0.0435/0.0418 260 - 390
Cantarell (Mexique) 2.1/11
1000 – 1500
Statfjord (Norvège) 0.637/5.53
580 – 920
Ekofisk (Norvège) 0.299/5.10
290 – 470
Ces chiffres mettent en perspective ce que représente réellement Tupi au global ; à son pic de production, le gisement représentera moins de 0.5 % de la production mondiale. Même si la
limite haute de 8 Gb devait être confirmée, les réserves de ce champs représenteraient 14 semaines de consommation mondiale.
Le challenge technologique
Néanmoins, à ce stade, Tupi semble être réel, et pas seulement du vent médiatique.
Un aperçu a été publié dans le journal « O Estado de Sao Paulo » ce week end, dans lequel ont été interrogés plusieurs experts. Tupi est un vrai challenge technologique, ce gisement repose dans
un environnement géologique jamais encore appréhendé au Brésil.
La couche pré-sel se trouve sous des profondeurs d’eau entre 2 et 3000 mètres, puis on observe une couche de 2000 mètres de roches. La couche de sel proprement dite est épaisse de 2000 mètres,
au-delà desquels se trouve le réservoir.
A l’heure actuelle, Petrobras explore déjà des
champs à plus de 5000 mètres de profondeur ; la profondeur de Tupi n’effraie pas en elle-même le leader mondial de l’exploration offshore. Le problème, c’est l’épaisseur de la couche de sel au
travers duquel on doit forer.
Nelson Ebecken de la « Coordination of Post Doctoral Engineering Programmes” (COPPE) de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ) nous dit : « Nous devons développer cette technologie … Si
cette couche était à terre, ce serait déjà difficile. Imaginez alors à 3 ou 4000 mètres de fond … Forer à travers des couches de sel a déjà été réalisé ailleurs, mais pas à cette profondeur, pas
de cette épaisseur … »
A de telles profondeurs, sous une pression immense et réchauffé par la chaleur interne à la planète, le sel se comporte plus comme un fluide que comme un solide. C’est comme si on forait dans de
la gelée, un trou se forme puis se referme immédiatement. Une maintenance correcte dans ces conditions peut être problématique. Edison Prates de Lima, membre également de l’UFRJ :
« La couche rocheuse est dure, mais stable. La couche de sel n’est pas aussi dure, mais instable.»
C’est une tâche difficile, mais à portée de l’ingienérie brésilienne. Giuseppe Bacoccolli du laboratoire des méthodes informatiques pour l’engeeniring du COPPE le dit en ces termes :
«Je n’y vois pas une rupture de paradigme, mais une autre évolution.»
Mais il y a un problème : le coup, qui croît de manière exponentielle avec la profondeur. Bacoccolli à nouveau :
« Nous pouvons atteindre la conclusion que nous pouvons, mais que nous ne devrions pas. Vaincre la couche de sel implique des surcoûts considérables … »
Le COPPE possède à l’heure actuelle trois caissons hyperbares qui permettent de simuler des conditions opératoires à des profondeurs de 6000 mètres, dans lesquels est testé le matériel de forage.
On est en train de construire un quatrième caisson qui permettra de simuler des conditions opératoires jusqu’à 7000 mètres, lequel caisson sera fonctionnel au début de 2009.
Les opérations de forage aux profondeurs indiquées doivent être réalisées par des robots contrôlés à distance. « c’est comme piloter une Formule 1 depuis le paddock » dit Segen Estefan, lui aussi
du COPPE.
D’autres problèmes ont trait au choc thermique que le pétrole endure quand il sort de la couche rocheuse. Dans le réservoir, les températures pourraient approcher les 100°C, et à la limite
océanique, le brut rencontrera des températures aussi basses que 4°C. le brut peut alors créer des nodules de haute densité, capable de bloquer le flot en surface. Ce problème peut être amélioré
en chauffant l’oléoduc. Le poids de l’oléoduc peut lui même constituer un soucis, ce qui amène les experts du COPPE à envisager l’emploi de titane.
Dans ce cas revient la question du prix, comme l’indique Segen Estefan :
« Nous opérons aux limites de la technologie. Le problème c’est le coût, savoir s’il sera excessif ou pas.»
Le premier puits foré dans le champ de Tupi a coûté 240 millions de dollars, les suivants ont diminué à 60 millions. On a creusé un total de 15 puits au travers de la couche de sel, dont 8
ont atteint le réservoir d’hydrocarbures. Giuseppe Bococcolli s’attend à ce que le coût tombe même jusqu’à 30 millions de dollars par puits, lors de l’exploitation commerciale. Ceci suppose un
prix de base de 30 dollars au moins le baril produit, c'est-à-dire, 4 fois le prix du baril extrait aujourd’hui par Pétrobras en offshore, et sans compter les coûts d’équipement. Bacoccolli pense
que l’exploitation nécessitera entre 6 et 12 plateformes FPSO, chacune raccordées à 10 à 15 puits.
Toujours selon Giuseppe Bococcolli, d’autres réserves recouvrables peuvent être confirmées, suivant ce qu’on trouvera dans les zones non encore sondées de Tupi.
Conclusion
Tout bien considéré, le cas de Tupi semble être sensiblement différent de celui de Jack l’année dernière. Quand on scrute l’information qui a circulé dans les média, on est mené à le considérer
comme un champ exploitable par la technologie poussée à ses limites actuelles. Quand on en juge par l’emballement des brésiliens, c’est plutôt le prix de revient que le savoir faire technologique
qui sera le facteur limitant.
Pour poser la question finale, est ce que Petrobras avait besoin de ce tapage médiatique ? En réalité, il semble que non. Petrobras est la compagnie privée la plus rentable d’Amérique du Sud,
tous secteurs confondus, affichant un bénéfice de 9 milliards de dollars pour les neuf premiers mois de cette année.
Si l’on considère qu’il reste à trouver des réserves mondiales d’au moins 200 Gb, cela implique qu’il faut découvrir des régions pétrolières de la taille de la Mer du Nord.
Le Campos Basin off Brasil, où Tupi a été trouvé, pourrait être l’une d’entre elles.
Le communiqué de presse peut être lu here.
Information complémentaire dans la presse brésilienne (en portugais):
O Estado de São Paulo
Cosmo On Line
A Tarde
The oil drum : Europe, un post de Luis de Souza le 22 novembre 2007
Traduit par Vincent Schwander pour terredebrut.org
]]>fr2007-11-26T13:05:13Z
http://www.terredebrut.org/article-14036437.html
fr2007-11-23T21:36:43Z
http://www.terredebrut.org/article-13946373.html
fr2007-11-21T12:51:23Z
http://www.terredebrut.org/article-13939426.html
Cet article a été publié le 6 novembre 2007 par Stuart Staniford sur le site oildrum.com. Il a
été traduit en français par Vincent Schwander. Merci beaucoup pour son travail.
Je rappelle que Terre de Brut est ouvert à des propositions d'articles originaux ou traduits. Ce site se veut être un espace de réflexion et d'analyse du pic pétrolier mais aussi souhaiterait
aborder d'autres ressources énergétiques, minérales et alimentaires ainsi que sur le changement climatique. Je concentre mes efforts sur le pic pétrolier car celui ci est déjà bien assez pour moi
tout seul mais ce n'est l'envie qui manque de traiter la glace arctique, la chute des stocks de céréales, le gaz naturel canadien, le pic de phosphates, le cuivre. Par contre, l'uranium sera
traité cet hiver de manière assez intensive car celui-ci est d'une importance cruciale en France.
Petite remarque préliminaire : cet article est particulièrement important car la Russie pourrait s'avérer le joker qui décide du timing du pic pétrolier tout autant que l'Arabie
Saoudite. Aussi, Stuart nous permet d'y voir un peu plus clair pour un avenir très proche. Bonne lecture.
Cet article s'intéresse à la production russe sur le court terme. Pour approfondir le sujet, vous pouvez consulter un article très complet de Dave Cohen publié l'année dernière sur oildrum.com, ainsi qu'un commentaire plus récent de Gail Tverberg sur oildrum europe qui résume des déclarations récentes qui préviennent de l'imminence du déclin de la production
russe. Pour ceux qui veulent vraiment creuser et qui lisent l'anglais couramment, ils peuvent acheter le livre de John Grace "Russian oil Supply".
Cet article concerne des pronostics à court terme pour la Russie.
Je voudrais juste actualiser et compléter une analyse assez simple de la situation. Mais d’abord établissons le contexte.
Les dernières statistiques montre le plateau de production tout liquide qui continue en affichant une légère pente négative à la fois d’après l’IEA et l’EIA.
Moyenne journalière de la production tout liquide, par mois, de l'AIE (en vert) et de l'USEIA (prune),
accompagnée des courbes de tendances sur 13 mois centrés, dont l'échelle est à gauche. Prix spot WTI en bleu avec échelle à
droite. Cliquer pour élargir.
Source: IEA Oil Market Reports, and EIA International Petroleum
Monthly Table 1.4.
Les données de l'AIE sont tirées de la table 3 des tableaux à la fin de l'OMR de la dernière livraison duquel le chiffre de ce mois est donné. Les prix WTI sont tirés de l'EIA.
Cependant, ce déclin n’est pas statistiquement signifiant, et nous n’en discuterons pas plus. Mais, la question clé est :
Est-ce que le plateau va continuer ?
Est-ce qu’il va se terminer sur une nouvelle hausse de la production ?
Est-ce qu’il va entamer son déclin ?
C’est évidemment une question fondamentale.
Rembrandt prétend que le pic se produirait d'ici quelques années.
Je suis plutôt d’avis que nous sommes en plein pic pétrolier à l’heure actuelle.
Le fait même que nous soyons en plateau depuis deux ans ou à peu près indique que toutes les nouvelles capacités de productions ont été contrebalancées par l’entropie et le chaos, à savoir
: la baisse de la production dans les champs existant, les problèmes géopolitiques, les dégradations liées aux ouragans et accidents naturels, et une production volontairement minimisée de l’OPEP
.(Je suis très sceptique sur ce dernier point comme Jim Hamilton).
Les prochaines hausses de productions seront également contrariées par les forces du chaos, et notre capacité à énumérer ces dernières avec précision est extrêmement faible.
Je trouve plus instructif de regarder les tendances par pays. Si nous regardons, avant le plateau actuel, les années 2001- 2004 quand la production augmentait vigoureusement à la suite du krach
sur les valeurs internet, nous pouvons identifier les pays majeurs à la hausse comme à la baisse.
Moyenne annuelle des variations journalières de production pétrolière des 5 pays qui
ont la plus forte croissance et des 5 pays qui ont le plus fort déclin pour la période 2001-2004. Source: BP (incluant les NGLs).
Comme on peut le voir, les deux pays qui contribuent le plus à l’augmentation de la production sont, et de loin, l’Arabie Saoudite, et plus encore, la Russie. Tous les autres suivent loin
derrière. C’était la période au cours de laquelle une augmentation de la demande correspondait à une augmentation de la production.
Si maintenant nous regardons la période 2004-2006 (le plateau de production, donc), nous voyons ceci :
Moyenne annuelle des variations journalières de production
pétrolière des 5 pays qui ont la plus forte croissance et des 5 pays qui ont le plus fort déclin pour la période 2004-2006. Source: BP (incluant les NGLs).
Nous voyons ici que l’ Arabie Saoudite a cessé de progresser (et entama un déclin ; conseil TDB: lisez l'article sur
l'Arabie Saoudite avec le lien juste avant) . La Russie a continué de progresser, mais bien moins qu’auparavant. Aucun autre pays n’a réussi à combler l’écart, et donc la
production a cessé d’augmenter.
Regardons maintenant les statistiques russes au plus près. Le schéma suivant montre la production mensuelle à partir de trois différentes sources, en même temps que le nombre de plate-formes
opérant dans le pays. Ceci couvre la période 1997 à 2007, donc depuis l’époque où la Russie a remis ses infrastructures en état suite au gouffre de l’époque soviétique. En particulier, en
appliquant le savoir faire occidental pour booster sa production déclinante (surtout dans les champs âgés de Sibérie occidentale, qui ont produit plus de la moitié du pétrole de l’époque
soviétique).
Production mensuelle pétrolière russe selon trois sources de données :EIA Table 1.1c, IEA Table 3, et JODI. Les courbes pleines sont des moyennes sur 13 mois centrés autour du point concerné (notez que les 13 derniers
mois se trouvent sur une fenêtre incomplète). Les données de plates-formes proviennent des données de Schlumberger et
incluent les plates-formes pétrolières et gazières.
Comme on peut le voir, les sources de données convergent vers une augmentation de la production sur cette période, bien que différant légèrement sur le niveau de cette croissance.
Bien plus, le nombre de plate-forme a augmenté dramatiquement.
Remarque : nous ne disposons pour le compte de plateformes que des données Schlumberger qui ne différencie pas les plateformes pétrolières des plates formes gazières. De plus, on ne voit pas
comment les données des années 90 ont été collectées durant les chaotiques années 90. Pour la clarté de cette étude, on supposera que ces données sont convenables et que le nombre de plateformes
pétrolières est proportionnel au nombre de plateformes gazières.
Cependant il faut garder à l’esprit cette remarque quand on abordera les conclusions de cet article.
Après avoir noté que la production s’accroit, la deuxième observation c’est que le taux de cet accroissement diminue fortement. En particulier, si on prend les augmentations annuelles de cet
accroissement, on obtient la figure suivante :
Variations de la production russe d'un mois donné par rapport à 12 mois en arrière en glissement constant à partir
des données moyenne centrés selon trois sources de données : EIA Table 1.1c, IEA Table 3, and JODI. La ligne noire est l'extrapolation de la tendance actuelle et est un scénario, pas une
prévision.
Le taux d’accroissement a pointé à 10% en 2003, et a chuté sévèrement depuis pour atteindre 1,5% par an à ce jour. La ligne noire montre une extrapolation à zéro dès le début 2008. Cette
croissance à zéro marquerait un pic de production. En outre, ceci impliquerait que l’excès de production entre maintenant et le pic est seulement de 1%, soit environ 100mb/j. Nous devons
néanmoins faire attention au fait que la courbe a montré un épaulement dans sa croissance, et pourrait en marquer un autre dans sa chute. La ligne noire n’est donc qu’un scénario très plausible,
et non pas une prédiction ferme.
Si nous prenons en compte le nombre de plateformes, les choses semblent plus sérieuses. Le graphe suivant montre quel a été l’accroissement de production par plate forme, exprimé en
milliers de barils d’accroissement par jour, par an et par plate forme.
Taux de croissance de la production pétrolière russe par plate-forme. La production est calculée sur
une moyenne de 13 mois centrés autour du point concerné, à partir des estimations de production de IEA Table 3 . Les données sur les
plates-formes proviennent de Schlumberger et les plates-formes pétrolières et
gazières.
Le niveau absolu de ce graphe ne doit pas être considéré trop sérieusement puisque nous divisons une production pétrolière par le nombre de plateformes gazières et pétrolières. Cependant la
tendance générale est probablement pleine de sens, et ce qu’elle montre est un effondrement de 10000 barils par jour par an et par plateforme à seulement 200 aujourd’hui. Un plus grand nombre de
plateformes produit un accroissement de production bien plus faible.
Et si la Russie devait commencer à décliner l’année prochaine, ce serait la sortie du plateau mondial de production vers un déclin incontestable.
Stuart Staniford sur oildrum.com
6 novembre 2007
Traduit par Vincent Schwander
]]>fr2007-11-26T13:05:19Z
http://www.terredebrut.org/article-13865998.html
Après avoir étudié la courbe des stocks commerciaux de l'OCDE entre 1994 et 2008 dans la première partie, nous allons introduire la production mondiale et la consommation mondiale,
ainsi que la production de l'OPEP dans cette étude. Cette article est un peu aride et difficile mais il permet de faire le point sur le comportement passé des stocks en fonction de ces
variables.
Pour cela, j'ai repris la courbe des stocks commerciaux de l'OCDE dans le graphique ci dessous que j'ai ramené à une base trimestrielle, contrairement au graphique de la première
partie, qui se trouvait sur une base mensuelle.
Sur ce même graphique, on peut voir les courbes de production mondiale et de consommation mondiale.
Nous avions vu dans la première partie qu'il y avait quatre périodes au cours desquelles les stocks passaient en dessous de 2500 million de barils (mb). J'avais défini la zone en
dessous de 2500 mb comme une zone de pénurie. Avant d'entrer dans la zone de pénurie, le niveau des stocks subit forcément une chute plus ou moins rapide. Aussi, dans le graphique
ci-dessus, je m'intéresse plus à la chute des stocks qu'à leur niveau absolu. Depuis 1994, on retrouve un chute des stocks à chaque fois que ceux-ci passent en dessous des 2500 mb. Cependant, je
ne relève pas le déclin de 2004 qui n'est pas assez signifiant et je le laisse de côté. Aussi, je retiens le déclin des stocks de 1995-1996, de 1999-2000, de 2002-2003 et enfin de
2006-2007.
On peut remarquer que le déclin des stocks se déroule en principe à l'automne et l'hiver tandis que les stocks se remplissent pendant le printemps et l'été. Il y a en effet, une
baisse de la consommation au printemps après l'hiver. Cela est évident du fait de l'utilisation accrue d'énergie dans l'hémisphère nord durant l'hiver. Aussi, après la baisse du printemps, la
consommation repart à la hausse durant l'été, à cause des vacances, et progresse en principe brutalement à l'automne avec l'arrivée du froid au nord. Souvent, le premier trimestre de l'année
demande plus d'énergie que l'automne précédent mais pas toujours. Aussi, la consommation croit généralement à partir du printemps jusqu'à l'hiver suivant. Les stocks ont tendance à se remplir
pendant le printemps et l'été et à se vider durant l'automne et l'hiver. Par conséquent, les stocks se trouvent souvent au plus haut vers la fin de l'été, entre août et octobre, et au plus bas
vers la fin de l'hiver, entre février et mars.
Le graphique au dessus le montre assez clairement avec sa répartition en trimestre.
La première forte chute des stocks se déroule pendant les hivers 1995 et 1996, la seconde pendant les hivers 1999 et 2000, le troisième pendant les hivers 2002 et 2003. La
quatrième forte chute se déroule actuellement. Elle a commencé durant l'hiver dernier en 2007 et continuera durant l'hiver 2008.
Sur le graphique, j'ai entouré d'un cercle rouge les périodes d'automne-hiver concernés par les chutes de stocks. On voit alors très clairement que la spécificité de ces hivers est
que la consommation dépasse la production durant ces deux trimestres. Il est tout à fait clair sur la graphique que chaque fois que la production dépasse la consommation, les stocks baissent
immédiatement.
On peut remarquer que la production dépasse la consommation durant les hivers suivants ces fortes baisses à chaque fois. Ainsi, les hivers qui suivent ceux de 1995 et 1996, en 1997
et 1998, on observe que la production passe au dessus du pic d'hiver et ne redescend quasiment pas durant le printemps permettant de remplir à nouveau les containers des stocks. Cela se reproduit
en 2001 puis en 2004, 2005 et 2006.
La première conclusion est que les stocks commerciaux de l'OCDE varie fortement en fonction de l'écart entre la consommation et la production mondiale. C'est très logique,
évidemment.
Nous allons revenir sur chaque période depuis 1994.
Première période : janvier 1994-janvier 1998
Il y a quatre hivers durant cette période. Durant les hivers 1994,1995,1996, la consommation dépasse la production et les stocks déclinent. Cependant, ils remontent au printemps et
en été. On peut observer que la courbe de consommation prend une forme en double pic durant l'automne et l'hiver, avec un pic en décembre puis un nouveau en février. Le mois de janvier est
généralement un mois de plus basse consommation que les deux précédents. Je ne connait pas la réponse à cette énigme. Si quelqu'un a une piste...
Durant l'année 1994, les stocks sont descendus à leur plus bas niveau en mars à 2484 mb. Ensuite, les stocks remontent jusqu'à 2709 mb en septembre. Ils prennent donc 125 mb en 6
mois puis stagnent jusqu'en novembre et commence leur déclin jusqu'en mars 1995. Ils passent de 2706 mb en novembre 1994 à 2528 mb en mars 1995. Le déclin est donc de 178 mb en 5 mois dont 121 mb
entre janvier et mars. En décembre 1994, l'écart entre la production et la consommation est de 1,61 mb/j. Les stocks déclinent de 1,31 mb/j. En février et mars, l'écart entre production et
consommation avoisinent les 2 mb/j et les stocks déclinent exactement au même rythme.
L'année 1995 est très similaire à l'année 2007. On trouve donc un déclin durant l'hiver précédent et le plus bas niveau des stocks, en mars, est de 2528 mb. Ensuite, au cours du printemps, la
production monte légérement mais comme la consommation baisse, les stocks montent à 2681 mb en juillet 1995, et baisse par la suite jusqu'à 2610 mb en novembre 1995. On peut signaler que durant
cette période, la consommation est inférieure à la production. On observe une forte poussée de la consommation en novembre jusqu'en mars alors que la production croit régulièrement mais est
largement insuffisante.
Les stocks passent de 2610 mb en novembre 1995 à 2371 mb en mars 1996, ce qui fait une chute de 239 mb en 5 mois. En rythme journalier, les stocks vont baisser plus vite que l'écart entre
production et consommation. Ainsi, en décembre, alors que l'écart entre production et consommation est de 2,27 mb/j, les stocks déclinent de 3 mb/j. De même en janvier, l'écart entre production
et consommation est de 1 mb/j alors que les stocks déclinent de 1,7 mb/j. Il semble que la raison principale de ce déclin vient d'un hiver particulièrement froid en Amérique du Nord et en
Europe.
On peut voir ensuite que la production accélére sa croissance en août 1996 pour faire face à l'hiver 1997 alors que les stocks stagnent autour de 2500 mb juste avant l'hiver. la production
mondiale passe de 71,5 mb/j en août 1996 à 73,5 mb/j en décembre 1996 puis à 74,3 mb/j en avril 1997.
Durant toute l'année 1997, la production, en forte croissance, va dépasser la consommation, sauf en décembre, et les stocks vont progressivement remonter jusqu'à 2650 mb.
Ainsi, entre août 1996 et janvier 1998, la production mondiale passe de 71,5 mb/j à 76,5 mb/j ! Cela fait une croissance de 5 mb/j en 17 mois.
Dans le graphique ci-dessous, on peut voir que la réaction de l'OPEP est manifeste notamment à l'approche de l'hiver 1997 et de l'hiver 1998. Il semble évident que l'OPEP veut éviter que les
stocks baissent durant ces hivers.
Seconde Période : janvier 1996 à janvier 2001
On revient un peu en arrière sur cette période. On peut voir la montée de la production de août 1996, à 71,5 mb/j, jusqu'à février 1998, à 77mb/j. Les stocks stagnent aux environs
de 2650 mb pendant l'hiver 1998 puis la crise financière asiatique survient et la demande baisse brutalement de 77 mb/j en décembre 1997 à 71 mb/j en mai 1998 tandis que la production décline à
76 mb/j en mai 1998. Cela provoque une inflation importante des stocks qui montent de 2613 mb en mars à 2776 mb en mai 1998. Ceux-ci resteront perchés au dessus de 2650 mb jusqu'au début de
l'hiver 2000, où la consommation va monter très fort jusqu'à presque 79 mb/j. Entre mai et décembre 1999, la consommation remonte de 8 mb/j ! La production mondiale va osciller entre 73
mb/j et 76 mb/j jusqu'en décembre 1999. Il semble que les producteurs n'aient pas vu venir la forte poussée de la demande en décembre 1999 car la production stagne tout au long de l'année 1999
autour de 75 mb/j. Ainsi, en décembre 1999, la production mondiale est égale à 74,62 mb/j alors que la consommation monte à 79,72 mb/j, ce qui fait une différence de 5 mb/j.
Durant l'année 1999, les stocks restent stables autour de 2700 mb jusqu'en août. Puis ceux-ci commencent à baisser de plus en plus rapidement jusqu'à 2600 mb en novembre et chute d'un coup
à 2448 mb en un mois. Les stocks baissent de 153 mb en un mois. C'est la plus grosse baisse en 15 ans. Cela représente bien un déclin journalier des stocks de 4,9 mb/j tandis que l'écart entre
production et consommation est de 5,1 mb/j. La folie du bog de l'an 2000 s'est donc principalement produit au sein de l'OCDE.
On observe que, dès janvier, la production se met à croitre fortement puisqu'elle passe de 74,62 mb/j à 79,9 mb/j entre décembre 1999 et novembre 2000. Elle monte de 5,28 mb/j en 11 mois, ce qui
est considérable. Mais on peut remarquer que la demande croit aussi très vite puisque qu'elle atteint 79 mb/j en décembre 2000.
Il est donc très clair que la production mondiale a réagi très fortement en 2000 suite au déclin des stocks en décembre 1999. De même la production mondiale avait réagi en pendant l'été 1996
suite au bas niveau des stocks à la sortie de l'hiver 1996.
La courbe de production de l'OPEP comparé à celle des stocks est très parlante. On peut voir clairement que l'OPEP a baissé ses niveaux de production graduellement depuis l'hiver 1998 suite à
l'effondrement des prix en 1998, qui descendent à moins de 10$. On peut voir que curieusement, ils baissent leur niveau de production entre octobre 1999 et décembre 1999 de 1,5 mb/j alors qu'il
aurait fallu faire l'inverse. Il s'ensuite une très forte réaction de l'OPEP qui passe de 26 mb/j en décembre 1999 à presque 30,5 mb/j en novembre 2000. Par conséquent, la croissance de la
production mondiale en 2000 est principalement dû à l'OPEP. On peut signaler que cette forte croissance de production se traduit très peu en croissance de stocks qui ne montent qu'à 2560 mb en
novembre 2000.
On voit bien que l'OPEP est un acteur crucial durant cette période et est capable de faire varier sa production très fortement.
Troisième période : janvier 2000 à janvier 2004
Après l'année 2000, la consommation reste assez stable du fait de l'éclatement de la bulle internet. De ce fait, la consommation de l'hiver 2002 est inférieure à l'hiver 2001.
La récession des USA se termine en mai 2002 alors que consommation et production se trouvent à 76 mb/j. La consommation passe alors de 76 mb/j en mai 2002 à presque 82 mb/j en février 2003, ce
qui fait un augmentation de 6 mb/j en 8 mois! Cette augmentation très importante n'avait pas vraiment été prévue par les producteurs car la production mondiale ne montent qu'à 79 mb/j en
février 2003 après un baisse à 77 mb/j en décembre 2002-janvier 2003. Cela se traduit par une baisse des stocks juqu'au record de 2352 mb en février 2003.
C'est en juin 2003 que la production mondiale réagit. Elle se trouve alors à 78 mb/j. On peut voir que celle-ci réagit exactement au moment où la consommation repart fortement à la hausse. Les
deux vont monter au même rythme de 78 mb/j à presque 83 mb/j en décembre 2003. La croissance est de presque 5 mb/j en 5 mois! Mais, les stocks recommence à décliner en septembre quand ils
atteignent 2595 mb.
On peut remarquer qu'il y a dephasage entre les stocks et l'écart entre production et consommation puisque les stocks remontent pendant le printemps 2003 alors que la production excède de peu la
consommation. Ensuite, inversement fin 2003, la production excède de peu la consommation mais les stocks partent à la baisse.
En janvier 2004, production et consommation dépassent 82 mb/j et les stocks sont retombés à 2500 mb.
Quand on regarde la production de l'OPEP ci-dessous, on peut voir que l'OPEP a franchement baissé sa production entre l'hiver 2000 et le printemps 2002 puisque sa production baisse de 5,5 mb/j.
C'est donc bien l'OPEP qui a encaissé la crise financière internet. Cependant, les stocks sont restés perché à plus de 2600 mb.
Ensuite, ceux-ci remontent leur production jusqu'à 29 mb/j en janvier 2004. Mais la forte croissance de la production mondiale fin 2003 est assumée pour moitié par la production non-OPEP. On est
alors dans la période de plus forte croissance de la production russe. J'ai déjà documenté cela dans mon article sur le
pic de décembre 2003.
On peut voir que la production de l'OPEP chute en décembre 2002 et janvier 2003 de presque 2 mb/j. C'est bien cette baisse qui fait plonger les stocks dans les abysses. Cette baisse est dû
à la grève des cadres de la société nationale PDVSA vénézuelienne contre Chavez.
De plus, le rapport mensuel de janvier 2003 rappelle que l'hiver est plus froid que prévu, que la croissance de la consommation chinoise commence à se faire sentir et que la production
d'électricité nucléaire japonaise est très basse entraînant une consommation accrue de pétrole. Tout ceci concourt à une hausse plus forte que prévu de la consommation mondiale. En ajoutant la
grève vénézuelienne qui paralyse la production pétrolière du pays en pleine hiver, tout ceci explique la chute importante des stocks.
Mais la seconde partie de l'année 2003 est une période de forte croissance pour la Russie mais aussi pour la production en dehors de l'ex-URSS et de l'OPEP comme le montre ce graphique.
Le pic de production non-OPEP et non-ex-URSS se produit en
décembre 2003 suite à une très forte croissance dans la seconde partie de l'année 2003 puisque la production non-OPEP et non-ex-URSS prend 1,5 mb/j entre juin et décembre 2003.
La production de l'ex-URSS croit d'environ 0,8 mb/j sur cette période comme on peut le voir sur le graphique ci dessous.
Ainsi fin 2003, la production non-OPEP et non-ex-URSS entame son déclin et se trouve en janvier 2007 au même niveau qu'en juin 2003, à 30,5 mb/j. Les stocks se trouvent à 2500 mb et donc juste à
la limite de la zone de pénurie. L'OPEP tourne à un peu plus de 29 mb/j. L'ex-URSS se trouve en pleine croissance au rythme de 0,8 mb/j en rythme annuel. Cette croissance de presque 5 mb/j en 5
mois ne s'est plus reproduite depuis lors.
Quatrième Période : janvier 2004 à janvier 2008
A la sortie de l'hiver 2004, en mars 2004, les stocks se trouvent à 2450 mb. En prévision de la croissance de la consommation fin 2004, l'OPEP augmente sa production dès le
printemps de 1,5 mb/j entre mai et juillet 2004. La production atteint pour la première fois les 84 mb/j en juillet 2004. Elle y restera durant tout l'hiver 2005. Mais la consommation atteint les
85 mb/j et les stocks baissent légèrement de 2600 à 2550 mb en mars 2005. La production mondiale monte doucement de 84 mb/j en novembre 2004 à plus de 85 mb/j en mai 2005 principalement sous
l'impulsion de l'OPEP.
Mais comme nous le voyons sur le graphique suivant, la production de l'OPEP commence à décliner après septembre 2005. La production mondiale va alors stagner dans la tranche de 84-85 mb/j
jusqu'en septembre 2007.
En mars 2005, les stocks se trouvent à 2550 mb/j et vont monter en deux mois à 2650 mb alors que la production continue à croitre et que la demande baisse. Tout le long de l'année 2005,
jusqu'en novembre, les stocks vont osciller entre 2620 et 2680 mb. Pendant l'hiver, ceux-ci baissent jusqu'à 2600 mb en mars 2006 alors que la production de l'OPEP baissent jusqu'à 30,5 mb/j en
mai 2006. La production de l'OPEP remonte jusqu'en août 2006 à 31,2 mb/j et provoque une montée assez importante des stocks jusqu'en septembre 2006. Ceux-ci atteignent
2760 mb. Mais la production de l'OPEP déclinent ensuite rapidement jusqu'à 29,87 mb/j entraînant une baisse de la production mondiale de 85,3 mb/j en juillet 2006 à 84 mb/j pendant l'hiver 2007.
Ceci provoque une baisse de stocks de 160 mb entre septembre 2006 et mars 2007. Aussi, en mars 2007, les stocks retrouvent leur niveau de mars 2006, qui est l'exact niveau moyen de stocks: 2600
mb.
La production de l'OPEP stagne autour de 30-30,2 mb/j jusqu'en août 2007. Comme la consommation mondiale baisse, les stocks remontent jusqu'à 2682 mb en juillet 2007. Ensuite, la consommation
excède la production et les stocks commencent à décliner. Ils se trouvent autour de 2620 mb fin octobre 2007.
La consommation mondiale est prévue pour atteindre plus de 88 mb/j durant l'hiver 2008 tandis que l'EIA prévoit que la production devrait monter jusqu'à plus de 88 mb/j d'ici fin 2008. L'OPEP
devrait atteindre 31,5 mb/j dans la première partie de 2008 puis 32 mb/j d'ici fin 2008. L'EIA prévoit que les stocks descendront à 2500 mb en mars 2008.
Conclusion
Comme nous l'avons vu dans les descriptions précédentes, suite à un déclin trop prononcé des stocks de l'OCDE pendant un hiver, il s'ensuit en principe que la production croit fortement durant
l'année qui suit pour que la production soit supérieure à la consommation durant l'hiver suivant évitant une nouvelle chute des stocks.
Il semble que la marché pétrolier suivent des sortes de cycles sur des durées de trois à 5 ans. Au cours de ces cycles, on observe une phase de baisse des stocks où la production ne suit pas la
demande et une seconde phase pendant laquelle la production réagit fortement pour rattraper la demande et renflouer les stocks. Aussi, la marché n'est pas aussi régulé que ce que l'on pourrait à
priori penser.
Ainsi, suite au déclin de stocks pendant l'hiver 1996, la production mondiale croit de 71,43 mb/j en août 1996 à 76,87 mb/j en février 1998, c'est à dire 5,44 mb/j en 18 mois. Sur cette
croissance de 5,44 mb/j, 3 mb/j proviendront de l'OPEP, 55% du total. Les stocks bondissent de 2515 mb en août 1996 à 2650 mb fin 1998.
Suite au déclin des stocks en décembre 1999, la production mondiale passera de 74,62 mb/j en décembre 1999 à 79,09 mb/j en novembre 2000, c'est à dire 5,28 mb/j en 11 mois. Sur cette croissance,
4,26 mb/j proviennent de l'OPEP, c'est-à-dire 80% de la croissance totale. Les stocks passent de 2448 mb en décembre 1999 à 2570 mb en novembre 2000.
Suite au déclin des stocks de l'hiver 2003, la production mondiale passera de 78,03 mb/j en juin 2003 à 82,75 mb/j en décembre 2003, une croissance de 4,72 mb/j en 5 mois, dont 2,11 mb/j de
l'OPEP, 44% du total. Les stocks passent de 2545 à 2512 mb.
Sur ces trois exemples passées ces quinze dernières années, on peut voir qu'à chaque fois que les stocks ont baissé fortement, la production mondiale a cru de 5 mb/j dans les mois qui ont suivi
avec une part de l'OPEP de 44% à 80%. On peut remarquer que le rythme de croissance accélére au cours du temps puisque celle ci passe de 17 mois en 1996 à 5 mois en 2003.
Il faut remarquer que la consommation varie en moyenne sur une amplitude de 5 mb/j entre son niveau le plus bas de l'année et son niveau le plus haut. Ceci est vrai de manière assez systématique.
Aussi, il n'est très étonnant de retrouver ce chiffre de 5 mb/j car la production se trouve équivalente au niveau le plus de l'année qui suit le déclin fort des stocks et doit donc augmenter de 5
mb/j pour atteindre le niveau haut de l'année, vers novembre-décembre.
Il semble que l'OPEP a fait plusieurs erreurs d'appréciation, notamment en 1998 et fin 1999. Jusqu'à maintenant, le marché a pu réagir fortement à chaque fois grâce à
une grande capacité d'action de l'OPEP, sa fameuse capacité supplémentaire de production, et à une croissance régulière non-OPEP mais cela n'est plus vraiment le cas à présent.
Pour ce qui est de l'hiver 2008, il est fort probable que le niveau des stocks en mars 2008 soit assez bas, entre 2300 et 2500 mb/j. Par conséquent, il sera nécessaire
que la production mondiale dépasse la consommation pour l'hiver 2009, comme cela fut le cas dans le passé. Mais, pour cela, il faudra que la production mondiale dépasse les 90 mb/j fin 2008. Par
conséquent, la production mondiale devra passer de 85 mb/j en septembre 2007 à 90 mb/j en janvier 2009. On retrouve donc ici les 5 mb/j. Pour l'instant, il reste 16 mois pour l'atteindre. Le
rattrapage nécessaire à partir du printemps prochain dépendra de l'ampleur des "dégâts" de cet hiver.
On ne peut plus trop compter sur la production non-OPEP et non-ex-URSS pour combler une partie de la croissance car celle-ci se trouve désormais en déclin. l'EIA prévoit que l'OPEP augmente sa
production de 1 mb/j entre septembre 2007 et janvier 2008. la Russie se trouve actuellement sur un plateau et l'Azerbaijan n'est plus très loin de sa plein capacité. Alors d'où viendront ces 5
mb/j? Le mieux est qu'ils ne soient pas necessaire, c'est-à-dire de faire baisser la demande, que les prix montent et qu'une récession s'ensuivent.
Cet article a démontré que le marché pétrolier a besoin d'une grande souplesse dans les stocks de l'OCDE et dans la capacité supplémentaire de production de l'OPEP à cause de variations très
importantes de la demande (jusqu'à 8 mb/j en quelques mois). De plus, le niveau des stocks réagit immédiatement à la balance entre offre et demande. Ce niveau peut varier très rapidement dans un
sens ou dans l'autre. Aussi, l'équilibre est très instable et les deux régulateurs, OPEP et OCDE, n'ont de cesse de maintenir cet équilibre. Mais les mois qui viennent pourraient rendre
inopérantes les deux variables d'ajustements du marché : l'asséchement des stocks commerciaux non nécessaires de l'OCDE en même temps que la réduction à néant de la capacité supplémentaire de
l'OPEP. La production mondiale sera alors à son maximum et évoluera en fonction de ses capacités matérielles. Le prix et les mesures de réduction de la demande deviendront les variables
d'ajustement de la consommation à la capacité de production au temps t.
Mais le problème reste entier sur les variations saisonnières de la demande qui varient sur des amplitudes de 5 mb/j dans la même année. Ces amplitudes saisonnières sont inévitables et
s'accomodent difficilement d'un manque de souplesse du système d'approvisionnement. Aussi, le résultat peut être le passage régulier par des phases de pénurie et de rationnement notamment pendant
l'hiver.
On peut se demander si la régulation du système d'approvisionnement en pétrole par le marché sera encore possible longtemps car celui-ci nécessite des marges de manoeuvre trop importantes. Aussi,
la prise en main du système d'approvisionnement par le gouvernement pour attribuer des quotas fixés à l'avance pourrait devenir nécessaire pour éviter des phénomènes de pénuries
régulières.
La troisième partie d'ici la fin de semaine.
Mais avant d'autres articles.
Emmanuel Broto.
]]>fr2007-11-20T12:14:20Z
http://www.terredebrut.org/article-13851001.html
Je commence une analyse en plusieurs volets sur les relations entre les stocks commerciaux de l'OCDE, pris dans leur globalité dans cette étude, la production mondiale et la
consommation mondiale de pétrole tout liquide, la production de l'OPEP et enfin le prix du baril.
Tous ces éléments entretiennent des relations entre eux et sont des variables du système d'approvisionnement en pétrole dans le monde.
Pour cela, j'ai pris le fichier 3a du
Short Term Energy Outlook d'octobre 2007. J'ai choisi de télécharger le fichier entre 1993 et 2008 avec des durées mensuelles.
Le travail de cette étude est basé presque exclusivement sur ce fichier. Dans un article précédent, j'ai démontré que l'USEIA était un piètre prévisionniste dans ses rapports du "Short Term
Energy Outlook" (STEO). Cependant, on pouvait aussi voir que l'on retrouvait une certains stabilité des données de production trois mois en arrière par rapport à la date de publication du STEO.
Aussi, je considère donc les données au passé du STEO comme à peu près fiable pour établir cette étude. Il est certain que si je voulait refaire la même étude à partir des données de l'AIE, qui
n'est consultable que sur les rapports mensuels en pdf, l'aggrégation des données me prendrait plusieurs jours avant d'entamer l'étude.
Dans le fichier 3a, on trouve les données de production mondiale, de la production de pétrole brut de l'OPEP, de la consommation mondiale et des stocks commerciaux de l'OCDE. Cela permet
facilement de les mettre en relation. C'est ce que j'ai fait. Je pense avoir trouvé quelques éléments de réflexion troublants qui mettent en perspective les variables du système
d'approvisionnement en pétrole dans le monde entre ses principaux acteurs, notamment l'OPEP et l'OCDE. L'OPEP produit 40% de la production mondiale et exporte les trois quarts
du pétrole dans le monde. L'OCDE consomme plus de 60% du pétrole dans le monde et requiert un importation équivalente à la production totale de l'OPEP. C'est à dire que 40% de la production
mondiale de pétrole, produite en dehors de l'OCDE, est importé au sein de l'OCDE.
Evidemment, il y a d'autres acteurs comme la Russie, en tant qu'exportateur majeur, et la Chine, en tant qu'importateur majeur. Mais la grande différence avec les deux autres acteurs, l'OPEP et
l'OCDE, vient du fait que ces deux derniers ont des possibilités d'action sur le marché par leur élasticité.
Pour l'OPEP, sa capacité à agir sur le marché vient de sa capacité supplémentaire de production, qu'elle peut utiliser pour faire face à des ruptures soudaines d'approvisionnements dans le monde.
Elle peut aussi baisser son niveau de production pour éviter une chute trop importante des prix mondiaux en cas de surproduction.
L'OCDE est la seule entité qui possède en grande quantité des stocks commerciaux et stratégiques lui permettant de s'adapter aux variations entre l'approvisionnement et la demande intérieure.
Aussi, les stocks de l'OCDE joue le rôle d'amortisseur des variations d'approvisionnements mondiales qui permet d'éviter des pénuries réelles à court terme et laisse le temps à l'OPEP de
réguler le marché, notamment d'augmenter sa production quand les stocks baissent trop.
Ce sont donc bien ces deux entités qui régulent le marché pétrolier mondial. Les autres n'ont que très peu de possibilités d'action réelle et sont plutôt "participantes". De plus, les deux
grandes places où se négocient les contrats sur le pétrole, et qui donnent le ton sur les prix mondiaux sont New York et Londres, deux places financières au sein de l'OCDE.
Après ces préliminaires, engageons l'étude.
Commençons par les stocks commerciaux de l'OCDE. L'OCDE possède deux types de stocks : les stocks commerciaux détenus par les industriels pour faire tourner le système, et les stocks stratégiques
détenus par les gouvernements et qui dorment dans des containers en cas de rupture grave des importations de pétrole. Nous allons laisser de côté les stocks stratégiques dans cette étude. Ils
sont actuellement de 1515 million de barils et détenus à 67% par quatre pays : les USA, le Japon, l'Allemagne et la France.
Les stocks commerciaux se retrouvent dans toute la chaine de distribution du système : Avant les raffineries sous forme de pétrole brut, après les raffineries sous forme de produits pétroliers
divers (essence, gasoil, fioul, kérosène, etc...) dans les containers au bout des pipelines jusque dans les containers juste avant les livraisons de détail, etc...
Les stocks commerciaux varient de manière assez importante au cours du temps comme vous pouvez le voir sur le graphique suivant. Il existe un niveau minimal des stocks commerciaux en dessous
duquel des pénuries commencent à apparaitre dans le système d'approvisionnement, c'est ce qu'on appelle en anglais le Minumum Operating Level (MOL). Le problème est que personne ne publie les
MOL, et donc que l'on en a qu'une vague idée. Les américains ont bien publié un rapport sur les MOL des différentes catégories de produits pétroliers au sein des USA mais celui-ci date de 2004 et
ces chiffres restent très théoriques.
Par contre, ce que l'on connait, ce sont les niveaux minimums auquel sont descendus les stocks dans le passé. Etant donné que la consommation augmente au cours du temps, on peut penser que le MOL
augmente au cours du temps du fait de l'accroissement de complexité de système. Donc, les niveaux minimums expérimentés auparavant sont peut-être moins fréquentables aujourd'hui.
Dans le graphique ci dessous, je montre l'évolution des stocks commerciaux de l'OCDE entre janvier 1994 et décembre 2008. La partie entre septembre 2007 et décembre 2008 est une prévision de
l'USEIA et doit donc être considéré comme tel, c'est-à-dire pas tellement fiable et sûrement plutôt optimiste.
La première remarque est que la courbe de tendance linéaire de la courbe est pratiquement horizontale très proche de 2600 million de barils. Par conséquent, la valeur moyenne des stocks depuis 15
ans reste assez stable.
Mais cela n'empêche pas des variations parfois importantes des stocks. Ainsi, le plus haut niveau des stocks depuis 1994 a été observé en août 1998 à 2797 million de barils (mb). Le plus bas
niveau s'est produit en février 2003 à 2354 million de barils (mb). La différence entre ces deux extrêmes est de 443 million de barils (mb). Si l'on considère que le niveau moyen, 2600 million de
barils est égale à 100%, alors les stocks ont varié entre 90,5% et 107,5% par rapport au niveau moyen ces 15 dernières années.
Ensuite, on peut remarquer que, dès que les stocks sortent de la tranche située entre 2500 et 2700 million de barils (mb), ils y reviennent vite. Ils sont sortis franchement 6 fois depuis 1994 de
cette tranche.
La première fois est en janvier 1996. Le niveau de stocks passe franchement en dessous de 2500 mb et tombent à 2371 mb en mars 1996. C'est le deuxième niveau le plus bas en 15 ans. Mais les
stocks vont ensuite remonter rapidement et dépasser le niveau de 2500 mb en août 1996. Aussi, les stocks seront restés 7 mois en dessous de 2500 mb.
La seconde fois est en mai 1998 jusqu'en janvier 1999. Mais cette fois, c'est un dépassement du niveau de 2700 mb. La raison vient de l'augmentation de la production de l'OPEP au moment où la
crise financière s'abat sur l'Asie. Ce dépassement est le plus long en temps. C'est aussi là que le record de niveau des stocks va être atteint en août 1998.
La troisième fois est en décembre 1999. Ce mois là enregistre la plus forte chute en un mois des stocks commerciaux de l'OCDE en 15 ans : 153 mb entre novembre et décembre 1999, ce qui représente
un vidage des stocks à une vitesse de 5 million de barils par jour durant le mois de décembre 1999! La raison semble être une consommation qui a explosé en décembre 1999. Je pense que c'est
la peur du chaos dans le passage à l'an 2000. Après cette chute brutale, le plus bas niveau sera enregistré en avril 2000 à 2419 mb. Puis la remontée sera très rapide et dépassera les 2500 mb en
juillet 2000. Aussi, la passage en dessous de 2500 mb n'aura duré que 6 mois.
La quatrième fois, le niveau passe en dessous de 2500 mb en décembre 2002 et repassera cette barre en mai 2003. La descente durera 5 mois. Mais c'est au cours de celle-ci que l'on va enregistrer
le plus bas niveau des stocks à 2354 mb en février 2003.
La cinquième fois est très courte et dure trois mois de février 2004 à avril 2004. le niveau passe encore une fois en dessous de 2500 et descend à 2460 mb en mars 2004.
Enfin, la sixième fois, les stocks passent la barre des 2700 mb en juillet 2006 pour atteindre 2760 mb en octobre 2006, deuxième record après celui de août 1998. Mais il redescend vite en dessous
de 2700 dès novembre 2006. Ce dépassement aura duré 5 mois.
En moyenne, les stocks commerciaux de l'OCDE sortent du cadre entre 2500 et 2700 mb pendant 6 mois. A chaque fois, on peut voir que les stocks reviennent très vite vers la moyenne 2600 mb. En
tout, les stocks sont sortis 35 mois sur les 166 mois entre janvier 1994 et octobre 2007, ce qui fait 21% du temps. On retrouve encore cette loi des 80-20, la fameuse loi de Pareto.
La conclusion de cette première analyse est que les stocks sont considérés comme évoluant dans une tranche normal entre 2500 et 2700 mb. En dehors de cette tranche, il semble que des fortes
actions du marché soient menées pour ramener le niveau des stocks dans la tranche normale et ces actions sont rapides. Dans les quatre cas d'un passage en dessous de 2500 mb, on observe que le
déclin dure entre deux et trois mois et que la remontée dure aussi entre deux et quatre mois. A chaque fois, la remontée est très forte. Pour les passages en dessus de 2700 mb, la première fois
dure le plus longtemps en 1998, 9 mois, et reste autour de 2700 mb toute l'année 1999 jusqu'en août 1999 pour commencer à décliner jusqu'à 2600 mb en novembre 1999 puis 2448 mb en décembre 1999.
En 2006, on observe un déclin tout aussi rapide après la croissance des stocks au dessus de 2700 mb.
Par conséquent, on peut considérer que le marché pétrolier mondial considère que les stocks commerciaux de l'OCDE entrent en zone de pénurie quand ils passent en dessous de 2500 mb et se trouvent
en zone de surplus, et donc provoquent des possibilités de chute des prix, quand ils dépassent les 2700mb.
Pour la zone de pénurie, On peut dire que la zone jusqu'à 2400 mb ne semble pas particulièrement dangeureuse. Par contre, les stocks ne sont passés en dessous de 2400 mb que deux fois et à chaque
fois pendant un seul mois : en mars 1996 et février 2003. Il est donc surement considéré comme une zone dangereuse dont il faut sortir rapidement. Il est donc probable que le Niveau Minimum des
stocks (le MOL) se trouvent quelque part en dessous de 2350 mb. A combien? 2300? 2200? moins?
Pour l'instant, on n'en est pas encore là. mais il y a une chose qui est certaine. C'est que la nervosité des marchés et donc les prix devraient augmenter fortement quand les stocks vont passer
en dessous de 2500 mb durant cet hiver. Ce sera alors la septième sortie de la tranche normale depuis 1994. Ensuite, l'OPEP a trois mois pour réagir et les stocks doivent repasser la barre
des 2500 mb trois mois plus tard. C'est le scénario qui est normalement attendu en fonction de ce qu'il s'est produit dans le passé récent. Mais si l'OPEP ne peut réagir pour faire remonter les
stocks, ce doit être les prix qui doivent prendre le relais en provoquant une baisse de la demande permettant de repasser en dessous du niveau de production.
Par conséquent, on peut penser qu'il va y avoir plusieurs phases dans le processus en cours, la première tient à la descente des stocks depuis juillet jusqu'au niveau moyen de 2600 mb en octobre
2007. Depuis début novembre 2007, nous sommes entrés dans la seconde phase entre 2500 et 2600 mb. Les stocks vont continuer à baisser mais comme la hausse des prix commence aussi à agir sur la consommation, il y a une grande incertitude sur l'évolution prochaine des stocks. La troisième phase commencera quand les stocks passeront en dessous
des 2500 mb. On devrait assister alors à une certaine hystérie de la part des responsables de l'OCDE à ce moment là et la pression sur l'OPEP sera maximum. Les prix vont s'envoler et vont évoluer
en fonction des stocks. Il y a des chances que ceux-ci restent à des niveaux assez bas, voire vont continuer à baisser malgré la hausse des prix. La troisième phase peut commencer dès janvier ou
février 2008. Les phases suivantes sont difficiles à prévoir car il y a trop de paramètres.
La suite de l'étude au prochain numéro.
Manu Broto.
]]>fr2007-11-16T23:54:32Z
http://www.terredebrut.org/article-13769618.html
fr2007-11-13T17:00:12Z
http://www.terredebrut.org/article-13740887.html
Ces deux dernières semaines, les pétroliers et l'Agence International de l'Energie ont fait des déclarations qui tranchent franchement avec ce qu'on avait l'habitude
d'entendre.
Jerôme à Paris a retracé ces déclarations sur European Tribune et l'article a été repris et augmenté sur
Energy Bulletin et Oil Drum et Daily Kos.
Le 31 octobre 2007, le baril de Sweet Light Crude à New York atteignait un nouveau record à plus de 94$ le baril après trois semaines durant lesquelles le baril avait battu record sur record.
Cette montée vertigineuse a continué début novembre puisque le baril a atteint 98,7$ la semaine dernière.
Déclaration de Christophe de Margerie
relaté par Financial Times
31 octobre 2007
Mais ce 31 octobre 2007, les pétroliers ont commencé à sortir de leur réserves. C'est le PDG (CEO en anglais) de Total qui a commencé le premier à se mettre à table. Un article est sorti sur le
Financial Times mais je n'ai pas trouvé d'article sur ces déclarations dans Le
Monde (tiens donc...).
La déclaration de Christophe de Margerie a été faite lors d'une conférence à Londres appelée "Oil and Money" au cours de laquelle, apparemment, il a été question de limites de production...
Voici ce qu'il a déclaré : "100 millions de barils par jour est maintenant de mon point de vue un scénario optimiste."
l'AIE prévoit que la production mondiale de pétrole atteindra 116 mb/j en 2030 et l'USEIA fait le pronostic de 118 mb/j d'ici 2030. Mais le PDG de Total dit aujourd'hui qu'il sera difficile
d'atteindre un jour les 100 mb/j.
Il explique que :"Ce n'est pas mon point de vue mais le point de vue de l'industrie, ou le point de vue de ceux qui veulent parler clairement, honnêtement, et pas...pour juste faire plaisir
aux gens."
Ensuite, il explique quand même que le problème ne vient pas du manque de réserves mais de la capacité de l'industrie à produire assez vite, notamment au sein des pays riches en
pétrole.
Il déclare que "Nous avons été tous trop optimiste avec la géologie. Pas en terme de réserves mais en terme de la manière de développer ces réserves : combien de temps cela prend et combien
avons nous réellement besoin."
Il rejoute que l'industrie n'avait pas compris que les pays riches en pétrole voulaient préserver leur meilleurs gisements en laissant les plus difficiles et les plus petits aux
investisseurs étrangers. Dans de nombreux pays, l'Irak, le Nigéria et le Vénézuela, des problèmes politiques et de sécurité soustraient des approvisionnements et il y a de grandes incertitudes
sur les prévisions de production.
Après cela, il revient sur les 100 mb/j : "100 millions de barils par jour est difficile, parceque dans les 100, nous avons déjà intégré les quantités additionnelles de l'Irak, du Vénézuela
et du Nigéria; nous avons intégré des quantités additionnelles de partout. Et nous savons aujourd'hui que ces développements ne sont pas en cours de réalisation."
Thierry Desmarest, qui était le prédecesseur de Christophe de Margerie à la tête du groupe Total jusqu'à l'année dernière, avait fait sensation quand il avait dit qu'il prévoyait que la
production pétrolière mondiale devrait atteindre un pic autour de 2020. En cela, il rejoignait l'IFP et ASPO France, comme l'a dit Mr Bauquis lors de la conférence de l'ASPO à Cork en septembre.
Il est certain que cette déclaration était beaucoup plus pessimiste que les autres entreprises internationales. Mais le 31 octobre 2007, De Margerie s'est engagé encore plus loin.
Dans l'article de Financial Times, l'auteur fait remarquer que Total, qui fait maintenant partie des 5 premières entreprises pétrolières internationales au monde (the Big Five) était celle qui
connaissait la plus grosse croissance de sa production bien qu'ils aient été obligé d'abaisser dernièrement leurs prévisions de croissance de production.
FT rappelle aussi que Rex Patterson, le président de Exxon-Mobil, la plus grande compagnie pétrolière internationale au monde, avait déclaré cette année à FT qu'il pensait que les sources de
production en dehors de l'OPEP "pourraient croitre encore un peu (a little more growth)" et devraient très prochainement stagner (level off).
Ici, je reviens sur le graphique publié par Energy Watch Group le 20 octobre sur la production des majors juste pour se rappeler qui sont les 8 majors : ExxonMobil, Shell, BP, Total, Chevron,
Repsol, Eni, Conoco-Phillips. Ces huit majors produisent actuellement environ 13 mb/j.
Déclaration du PDG de Conoco-Phillips
jeudi 8 novembre 2007
La semaine dernière, ce sont deux autres PDG de grandes compagnies pétrolières, la Conoco-Phillips et BP, qui ont craché le morceau ainsi que l'économiste en chef de l'AIE dans un entretien
avec (encore) le Financial Times suite à la publication du World Energy Outlook 2007 (WEO 2007) de l'AIE.
Un article de CNN-Money relate ces événements.
James Mulva, le PDG de Conoco-Phillips, déclara à un conférence à New-York le jeudi 8 novembre 2007, qu'il doutait que les producteurs de pétrole soient capables de satisfaire les prévisions à
long terme de croissance de production. En cela, ils faisaient référence aux prévisions de production de 116 mb/j par l'AIE et 118 mb/j par l'USEIA.
Comme le PDG de TOTAL une semaine avant, il déclara qu'il ne croyait pas la production puisse un jour dépasser la barre des 100 millions de barils par jour. Il dément donc publiquement les
projections de l'AIE et de l'USEIA.
Nous en sommes actuellement à une demande entre 86 et 88 mb/j. Si la progression de la consommation continuait sur sa pente actuelle, ce qui semble peu probable, la barre des 100 mb/j n'est si
loin que cela. La barre des 90 mb/j serait atteinte d'ici 2009, des 95 mb/j d'ici 2012 et des 100 mb/j d'ici 2015. Par conséquent, dire que la barre des 100 mb/j ne sera pas atteinte signifie en
d'autres termes que le pic pétrolier n'est plus très loin.
Voici ses mots : "la demande va monter, mais elle sera contrainte par la production. Je ne pense que nous irons plus loin que 100 millions de barils par jour et la raison est celle-ci :
d'où est-ce que tout ceci proviendra?"
Dans cet article, il est noté que Mulva avait déjà déclaré que la barre des 100 mb/j ne pourrait être dépassé en mars lors d'une conférence de l'industrie pétrolière.
Au cours de la conférence de l'ASPO à Cork en septembre, Ray Leonard de Koweit Energy Corporation avait fait une présentation sur certaines conclusions d'une conférence réservé
uniquement à l'industrie pétrolière en novembre 2006, la conférence de Hedberg. Il avait notamment montré un graphique et évoqué le fait que l'industrie était parvenu au consensus que la barre
des 100 mb/j constituait une limite indépassable aux environs de 2015 avec un plateau jusqu'en 2020. Il semble maintenant que les pétroliers sont en phase d'annonce public des ces résultats.
Déclaration du PDG de BP
jeudi 8 novembre 2007
Maintenant, passons au nouveau PDG de BP, Mr Tony Hayward. Il prédit que les prix devraient rester dans la tranche de 60-80$ et qu' "il était très clair que l'ère de l'énergie pas cher était
derrière nous sur le moyen terme." Il ne précisa pas combien de temps durait le moyen terme. Ensuite, il déclara que "environ la moitié du pétrole a été extrait" mais que les techniques de
recouvrements (les EOR : Enhanced Oil Recovery) permettrait de continuer à croitre, "la plus grande source de nouveau pétrole viendra d'un meilleur recouvrement."
Petit aparté sur le taux de recouvrement
Il est peut-être necessaire d'expliquer à ceux qui ne s'y entendent pas très bien en techniques pétrolières ce que signifie "meilleur recouvrement". Dans les gisements, l'industrie est
capable d'extraire une certaine quantité de pétrole par rapport à ce qu'il se trouve dans le sou-sol. Ce pourcentage peut aller de 5% à 95% suivant la géologie du gisement, si il est
fracturé ou non. Ainsi, il reste toujours du pétrole dans les gisements qui n'est pas extrait et les technoscientistes veulent faire croire qu'avec la technologie (EOR), il va être possible de
pouvoir extraire plus de pétrole relativement à ce qu'il y a réellement dans le sous-sol. C'est ce qu'on appelle améliorer le taux de recouvrement (Oil Recovery).
Jean laherrère l'explique un peu dans l'entretien que nous avons eu à Cork. Mais pour ceux qui veulent creuser ce point crucial, utilisé souvent par les compagnies pétrolières pour faire
croire que la technologie va tout résoudre, je leur conseille de lire les travaux de jean Laherrère sur ASPO France.
Il explique très bien dans son papier, en anglais, "Uncertainty of Oil and gas supply" que les techniques EOR ne permettent pas d'améliorer le taux de recouvrement, c'est-à-dire d'extraire plus
de pétrole, bien au contraire, mais abiment le gisement et provoquent l'inverse sauf dans des cas particuliers.
On peut aussi facilement montrer que l'emploi des techniques EOR, surtout après le pic, n'ont jamais fait reculer le pic mais seulement limiter le taux de déclin pour un temps avant d'entraîner
une accélération dramatique des taux de déclin vers la fin de l'exploitation.
Les meilleurs exemples sont ceux des USA et de la Mer du Nord qui ont atteint leur pic de production respectivement en 1970 et 2000 malgré l'emploi de la meilleur technologie qui
existe.
Retour à Mr Hayward
L'important dans la déclaration de Mr Hayward n'est donc pas la fait qu'il croit aux EOR mais qu'il affirme que la moitié des réserves viennent d'être extraite dans le monde! Il est considéré que
le pic pétrolier survient quand la moitié des réserves ont été extraite et que les deux événements coincide à peu près en régle général. Aussi, dire que la moitié des réserves ont été extraite
signifie en d'autres termes que le pic pétrolier est très proche.
Selon Jérome, dan son article, c'est la première fois qu'un PDG de compagnie pétrolière dit que la moitié des réserves ont été extraites.
Cependant, officiellement, il rejette l'idée du pic pétrolier. Il ne faut pas trop lui en demander. Il refuse de dire que les prix resteront haut de manière permanente et il ne donne pas de
plafond de production, évoquant la possibilité d'une croissance par les technologie de recouvrement. Il est donc moins pessimiste que le PDG de Conoco.
Interview de l'économiste en chef
de l'Agence Internationale de l'Energie,
Fatih Birol,
par le Financial Times
7 novembre 2007
Jerome, dans son article pour European Tribune, note que les déclaration précédentes représentent de la petite bière comparée à l'entretien de Fatih Birol pour le Financial Times (FT).
Il donne un résumé de ce que dit Fatih Birol :
- Nous avons dépassé le pic de production non-OPEP.
- l'OPEP a officiellement d'immenses réserves mais nous ne savons pas si elle existent réellement.
- Même si tous les investissements prévus sont faits et tous les projets sont dans les termps, il va manquer 12,5 mb/j d'ici 2015 pour satisfaire la demande car il faudra ajouter 37,5 mb/j de
nouvelles productions dans les 7 ans qui viennent du fait du déclin des gisements actuellement en production (25 mb/j) et de l'augmentation de la demande (12,5 mb/j).
- Ceci n'est qu'un des deux problèmes liés à l'énergie avec le changement climatique et ce dernier est de loin le pire.
Cet entretien fait suite à la publication du très important rapport annuel de l'AIE, le "World Energy Outlook 2007" (WEO 2007). Rapport que je n'ai pas acheté.
Dans l'entretien, la première question de Ed Crooks du FT cite une phrase du WEO 2007: "la croissance de la consommation énergétique mondiale pose une réelle et
croissante menace sur la sécurité énergétique mondiale."
Fatih Birol répond ceci : "Il y a deux messages majeurs que je veux faire passer dans ce livre. le premier est exactement ce que vous dites. Les risques sur la sécurité énergétique
sont trop importants, et probablement en augmentation, pour un mouvement haussier sur le marché. Et le second est sur le changement climatique, sur les émissions de CO2, elles sont en train
d'atteindre un tel niveau que nous nous dirigeons vers un processus irréversible pour notre planète. Pour la sécurité énergétique, nous pourrions avoir des ruptures d'approvisionnements, des
implications considérables pour l'économie mais l'économie mondiale pourra s'en remettre. Nous pourrions atteindre des prix a un niveau tel que les gens devraient ajuster leur niveau de vie. Mais
sur le changement climatique, en termes de température de notre planète, si cela atteint un certain niveau, les implications pour notre planète et les êtres humains, les animaux et les plantes et
tout, ces implications sont irréversibles. Aussi, il y a deux problèmes majeurs dans ce livre, et quand vous regardez l'évolution du changement climatique, et l'évolution des émissions de
CO2, elles sont très, très inquiétantes, spécialement sur le fait qu'il y a des pays qui ne font pas beaucoup, la Chine et l'Inde, leurs émissions de Co2 sont en train d'exploser. (...) Si
nous ne faisons rien rapidement, et d'une manière énergique, les rouages vont s'affaisser ("the wheels mays fall off"). Les rouages de notre système énergétique pourraient s'effondrer."
Le WEO 2007 se concentre spécialement sur la Chine et l'Inde. Cependant, je met l'accent sur le fait que la consommation énergétique par habitant reste encore très très faible en Chine
et en Inde et l'OCDE, dont justement l'AIE est le digne représentant, consomme quand même les deux-tiers de l'énergie dans le monde alors que sa population représente à peu près le même
nombre que les chinois. Cependant, la croissance actuel de la production vient principalement des ces géants et non de l'OCDE.
ED Crooks lui demande de préciser sa phrase "the wheels mays fall off".
Voici ce qu'il répond : "Sur la sécurité énergétique, sans parler des prix, juste les nombres, il ne faut pas être un grand expert en énergie ou quoi que ce soit : ce sont juste des
mathématiques. Je peux vous dire que, dans les sept à huit prochaines années, nous aurons besoin de mettre sur le marché environ 37,5 millions de barils par jour, pour deux raisons. La
première, la croissance de la demande, compte pour environ un tiers du total, et les autres deux tiers, c'est pour le déclin des gisements existants qu'il faut bien compenser. Ce que nous avons
fait est que nous avons regardé tous les projets au sein des pays de l'OPEP et non-OPEP, tous les pays producteurs du monde, les 230 projets pétroliers, gisement par gisement, pour savoir combien
de pétrole ils pourraient apporter au marché pour les 5 à 7 prochaines années. Et ce sont des projets qui sont financiérement rentables. Si ils voient le jour en temps et en heure, ils
apporteront environ 25 millions de barils par jour. Par conséquent, 37,5 million de barils par jour d'un côté, ce qui est nécessaire, et ce que nous prévoyons est 25 million de barils par
jour, et cela dans le cas ou il n'y a pas de retard, pas délais supplémentaires dans les projets, que tout arrive comme prévu, ce qui est très rare. Avec tout cela, il manque 13,5 million de
baril par jour."
Refaisons les calculs de Mr Birol. Actuellement, en 2007, la production est de 85 mb/j. Il dit qu'en 2015, la consommation sera de 97,5 mb/j